cd
connexion perso

se souvenir de moi

Le manifeste

Il manque aujourd'hui à la France un projet, un projet qui permette à chaque individu de se projeter vers l'avenir. Le constat est simple: la compréhension et l'analyse de la société française sont superficielles ; les demandes sont fragmentées ; l'offre politique est faible. Et la défaillance observée en matière de compétences politiques, techniques, met dangereusement l'avenir de la France.

Si nous voulons rétablir la confiance dans l'avenir, nous devons engager une réflexion et des actions pour faire renaître le débat politique, la démocratie. Notre objectif est de refaire de la société un acteur politique à part entière. Cela suppose d'entendre la France. Il faut pour cela faire vivre le débat pour entendre les mouvements de la société. Cela suppose de redonner la parole aux citoyens, partout en France, de lancer des débats de fond, invitant à réfléchir au long terme : quel est l'avenir du monde ? Quel est notre avenir ? Quel avenir voulons-nous ?

Cela suppose d'entendre et d'écouter les gens

Cela suppose donc de donner sincèrement et sans arrière pensée la parole à ceux qui souhaitent la prendre, de lancer des débats de fond, invitant à réfléchir au long terme, horizon que notre classe politique se montre peu encline à appréhender

Cela suppose de se doter de moyens d'analyse des décisions et projets politiques ou administratifs pris en notre nom, de soumettre ces analyses à la critique citoyenne, d'éclairer ces éléments par la connaissance et non pas par l'immédiate émotion, et d'élaborer des contre-propositions lorsque nécessaire.

Cela suppose aussi d'organiser partout où cela est possible des réunions pour faire vivre le débat, faire entendre la parole citoyenne, l'exigence citoyenne, éclairer et analyser les décisions prises par les institutionnels.

Ainsi,

Considérant que les partis et autres instances politiques ne font pas leur travail d'écoute de la société et de conception d'offres politiques éclairées;

Considérant que les partis et autres instances politiques, voire parfois l'administration, n'offrent que trop rarement de réponses adaptées aux besoins de la société;

Nous, Zénon, 

décidons d'occuper cet espace, d'exercer ces fonctions et de remplir ces missions aux côtés de tous ceux qui, comme nous, le souhaitent;

décidons d'assumer la responsabilité d'analyser et de compléter les décisions prises par les institutions politiques et administratives,  et de formuler des propositions concurrentes si nécessaire ;

entendons mener les actions visant aux prises de conscience et aux mobilisations appropriées par des moyens démocratiques pour que s'exerce un pouvoir politique conforme à l'évolution, aux changements et aux aspirations de la société ;

invitons à inverser les rapports de force pour s'assurer que les politiques menées répondent aux besoins de la société, dans la recherche du compromis, voire du consensus, dans le cadre de processus transparents ;

allons oeuvrer sans relâche, pour que la transformation politique conduise à « l'âge d'or de la démocratie », celui de l'individu émancipé.

Nous organiserons donc dès septembre 2016 des dîners ou réunions d'une dizaine de citoyennes et citoyens environ à chaque fois (pas davantage pour que chaque participant dispose d'un vrai temps de parole), pour débattre de sujets de fond, éclairer des décisions ou projets, réunir ces témoignages et propositions dans des carnets qui serviront de base à l'élaboration d'un projet collectif. Nous réunirons régulièrement et multiplierons ces cercles pour que vive et se développe le débat démocratique.

Les principes de Zénon

Longtemps la France s'est vécue en se projetant sur le monde : elle se pensait en puissance, en phare éclairant la carte de l'humanisme, de la démocratie, livrant des repères pour guider le monde. Depuis quelques décennies, c'est le monde qui s'invite en France. Saisie par le désarroi, la société retombe alors dans ses travers d'antan, redevenant cette « agrégation inconstituée de peuples désunis » (Mirabeau) pour tenter de vivre heureux, donc de vivre caché. La Révolution française n'a pas unifié cette mosaïque, elle lui a procuré (parfois par la force...) des principes.  « Les hommes naissent libres et égaux en droit » donnait à la France sa dimension d'universalité pour se projeter sur le monde (avec bien des écarts parfois délibérément ignorés entre le discours et la réalité). Ce projet faisait la cohésion sociale de la France. Comment tendre vers l'universel tout en valorisant sa diversité ? Il faut à la France retrouver un socle commun, pour fonder à nouveau la nation en « un corps d'associés, vivant sous une loi commune et représenté par une même législature » (Emmanuel Sièyes, 1789).

Si la colère ambiante du moment révèle la perte de cohésion sociale, en tant qu'adhésion de chacune et chacun au projet collectif, elle est bien muette en matière de projet alternatif. Que faut-il changer ? Que faut-il savoir ? Que faut-il entendre ? Que faut-il dire et écrire ? Quel avenir voulons-nous ? Il faut donc, dans un premier temps, entendre ce qui ne va pas et ce qui va bien, entendre ce qui est rejeté et ce qui inspire. Cette démarche exige d'être au contact de toutes les composantes de la société, surtout la jeunesse, principale actrice de l'avenir.

In varietate concordia

Entendre la parole citoyenne renvoie dans un premier temps à la construction d'un diagnostic partagé. En s'inspirant des cahiers de doléances, Zénon rédigera des « carnets débats » à partir de réunions de citoyen-ne-s sur des sujets qui les préoccupent ou sur des questions qui leur seraient soumises.

Construire un projet collectif suppose aussi de ne jamais craindre l'innovation, la créativité, de ne jamais craindre de tester ces innovations. Il ne faut pas craindre de soumettre l'idée d'une autre université. Il ne faut pas craindre de débattre de l'accès à la santé et à la sécurité sociale. Il ne faut pas redouter les controverses sur les migrations. Il faut sans peur aborder les questions de bioéthique. Il faut poser sans oeillère la question de la violence. Il faut vouloir sans tabou repenser la justice, la prison. Il ne faut pas s'interdire de critiquer le capitalisme. Il faut se donner pour ambition de réfléchir au devenir de l'emploi. Il faut prendre à bras le corps la question des (in)égalités. Il ne s'agit donc pas d'écarter les experts du débat, mais d'asseoir à la table des échanges ceux qui étaient exclus du débat réservé aux experts. Chaque proposition doit pouvoir faire débat. Chaque débat doit pouvoir améliorer une proposition. Chaque débat doit contribuer à bâtir le projet collectif. Entre le « bottom-up » et le « top-down », il n'y a pas à choisir. Une réunion peut se tenir sur le thème que ses membres auront choisi ou sur le thème qui leur sera proposé.

« L'esprit se libère des routines et des préjugés par l'épreuve »

 Marguerite Yourcenar, L'Oeuvre Au Noir

Mais alors, comment débattre et entendre 65 millions de personnes ? Il est possible d'associer un grand nombre de personnes, réparties sur tout le territoire, issues de toutes les catégories « citoyennes », au moyen de réunions en petits cercles de 10 à 15 personnes au plus. Cela suppose une programmation minutieuse, une remontée précise et continue, un calendrier sur un temps long, un travail de longue haleine, une restitution de ce travail pour que la participation à ce mouvement ne faiblisse pas.

Il semble indiqué que chaque dîner ou réunion réunisse des personnes homogènes par un ou deux critères : niveau de vie, métier, lieu de résidence, etc. Il semble aussi préférable que chaque dîner réunisse un nombre limité de personnes (10 au plus) pour que les échanges ne se limitent pas à un tour de table, mais que les prises de parole soient multiples. Ce format permettra aussi que chaque dîneur révèle ses préférences, ses questions, ses solutions.

Quel niveau de connaissance et de technicité attendre de ces débats ? L'information est surabondante et renvoie l'information à un bruit de fond. N'est plus entendu  que ce qui fait le buzz, immédiat, éphémère, émotionnel. Renoncer à traiter la complexité est toujours plus simple. L'émotion, qui adore les espaces vides, s'installe alors en lieu et place de l'analyse. Il faut renoncer à la tentation d'infantiliser l'intelligence de l'autre, et au contraire toujours la pousser vers ce qu'elle a de meilleur.

Sans crainte d'être à contre-courant de ce début de siècle, Zénon plaide pour le retour dans le débat de la complexité, de la précision et du temps de l'analyse, de la parole, des paroles, des écrits, pour qu'émergent à force d'échanges les idées forces. Nous n'avons en réalité pas d'autre choix démocratique.

« Il n'existe aucun accommodement durable entre ceux qui cherchent, pèsent, dissèquent, et s'honorent d'être capables de penser demain autrement qu'aujourd'hui, et ceux qui croient ou affirment croire, et obligent sous peine de mort leurs semblables à en faire autant. »

Marguerite Yourcenar, L'Oeuvre Au Noir

Il est donc important de préparer une liste évolutive de sujets qu'il semble nécessaire de traiter ou de proposer au débat, au moyen de fiches simples présentant la problématique, adossées à une « bibliothèque » documentant le sujet et accessible à tous les membres de Zénon. La mise au point d'un guide de réunion est aussi indispensable. Ces éléments pourront s'inspirer des méthodes de l'éducation populaire. Sur cette base, l'animateur préparera l'animation de ses dîners, consignera ce qu'il entend, partagera ces informations pour nourrir les carnets débats. Zénon publiera donc ses carnets débats, publications « physiques » réservées à ses membres.

De ces échanges doivent émerger les questions, les espoirs, les solutions, pour que se dégage en premier lieu un diagnostic partagé, un compromis, voire un consensus. Nous publierons alors les carnets débats de Zénon. Nous formulerons aussi des propositions qui auront été débattues, remaniées, suggérées, améliorées, pour que se forge peu à peu un projet collectif, pour en finir avec les catalogues de propositions sans âme. Nous pourrons alors élever le réel à un idéal, pour en finir avec cette soi-disant idéologie qui préfère abaisser l'idéal au réel.

Clef de la démarche Zénon, la morale politique doit se forger dans le regard, donc le débat citoyen. Et cette morale exige la sincérité du discours. Il faut sortir du renoncement aux idées; il faut sortir du cynisme commode qui justifie tous les abandons, les tris, y compris des personnes, qui érige la petite tactique en stratégie, qui fait de la règle technocratique l'unique mode de décision, en lieu et place du choix, qui confond communication avec discours structuré. La morale, la sincérité et la maîtrise de soi sont des repères qui toujours doivent guider nos choix.

Il nous appartient enfin de maîtriser les nouveaux modes d'information qui bouleversent la société, de savoir redonner à nos grilles de lecture toute l'exigence scientifique qu'il se doit, de puiser dans l'Histoire les ressources pour comprendre notre culture d'aujourd'hui et de demain, de redonner vigueur à la littérature, aux arts et aux techniques, de ne pas craindre les échanges avec le monde et de se doter ainsi d'une représentation renouvelée du monde. Ce sera la Renaissance. Le laboratoire de Zénon entend oeuvrer dans ce but, au noir.