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Poitiers (86), réunion le 19-11-2016 : Le discours du Bourget, espoir déçu de plus d'humain

publié le 24-11-2016

auteur : F H

Artistes, professionnel de la santé, chargé de mission en collectivité territoriale, trentenaires, ils sont de jeunes adultes et disent se heurter à une société qui manque d'ouverture d'esprit, une société qui n'a rien de bienveillant et fonctionne par réseaux.

Sandrine décrit le politique comme avant tout un orateur, un acteur de théâtre. Des acteurs peu renouvelés, des candidats présélectionnés, tous programmés à l'avance. Mais de leurs discours, le public attend aussi une traduction dans les faits, dans la vie. Qui est vraiment en capacité d'agir? Quelle est la prise des politiques sur le monde réel ? Un doute est installé depuis des années sur la capacité des élus à « faire des choses », voire sur leur volonté à faire... en ont-ils même les moyens ?

L'image des politiques est celle de personnages vivant dans le luxe, qui prennent les gens pour des cons. Mais qu'ils écoutent, ils sauront. Mais « qu'ils rendent des comptes ! » demande Emilie, « que les élites souffrent un peu », aussi, avance Guillaume.

Ces politiques sont à l'image d'une société où il n'y a guère que le piston ou les relations pour réussir. Ainsi, Sandrine et Émilie avaient présenté un projet à des élus dans le cadre d'un appel à projet artistique. Elles n'attendaient pas nécessairement une approbation de leur travail, mais à tout le moins des conseils, une orientation, des pistes. Les élus leur surtout opposer des moqueries, une humiliation. « Pourquoi nous avoir reçues si c'est pour non seulement à peine nous écouter, mais aussi nous humilier ? » Un simple citoyen en vient à craindre de poser des questions techniques : dans cette société, « si on n'est pas parfait, mieux vaut se taire que de passer pour un idiot » au regard de ceux qui ont un sentiment de supériorité et le font sentir.

Est-ce le mécanisme de rentabilité qui veut cela, la « société est hyper-spécialisée » s'alarme Guillaume. Et les métiers de la santé n'échappent pas à ce constat, à cette règle: les médecins n'ont plus de regard global sur le patient, il mobilise un vocabulaire trop technique et peu compréhensible par les patients qui se tournent alors de plus en plus vers les médecines alternatives.

Surtout, la santé est prise dans un étau entre exigences croissantes des patients et exigences croissantes de rentabilité. Ainsi, lorsque les mutuelles mettent en place les réseaux de soins, elles imposent de facto, une hausse de la quantité de travail aux professionnels de la santé, pour assurer la viabilité financière du dispositif. Les professionnels de la santé sont alors pris en étaux entre d'une part les exigences accrues de patients, et les exigences de cadence, et un accroissement des coûts supportés. Ils se tournent alors souvent vers des solutions de bas de gamme. D'avoir plafonné le remboursement de prothèses dentaires conduit à utiliser de plus en plus de produits made in China.

Le système de santé devient dual, entre la médecine de luxe pour les patients qui peuvent consulter pour prévenir des problèmes de santé, et la médecine bas de gamme, pour les patients qui ne consultent un médecin que lorsque la douleur est intenable. A force d'être confrontés à une patientèle en souffrance, bénéficiaire de la CMU donc de moindres remboursements, sans pouvoir leur offrir de quoi les soigner vraiment, faute de remboursements, certains médecins jettent l'éponge, et exercent hors secteur conventionné 1, ou se mettent à leur compte, plutôt que de travailler pour les caisses primaires d'assurance maladie (CPAM), accentuant la dualité de l'offre de soins. Cela vaut pour les médecins, comme pour les infirmiers, les dentistes, etc.

Comment l'être humain pourrait-il s'adapter à ce modèle où la rentabilité prime sur la prise en compte de l'humain? En réalité, le modèle de croissance de notre société « va dans le mur » pour Karine, « le système ne prévoit pas de place pour l'innovation » et « la période consumériste touche à sa fin, les puissances épuisant les dernières ressources » pour Guillaume.

En revenant à la question des politiques, un regret surgit : « Hollande aurait dû expliquer la situation des rapports de forces avec la finance, expliquer le poids des lobbyings » pour Emilie, faire un effort de pédagogie et «oser expliquer la perte de souveraineté » pour Guillaume, donc la limite de leur action : « les gens ne sont pas stupides »...Mais « les politiques sont enfermés sur eux-mêmes » et trop « méprisants ».

D'ailleurs, le discours du Bourget n'avait pas vraiment réveillé un espoir révolutionnaire, un imaginaire marxiste, mais plutôt, au-delà de mesures pour brider les banques, la finance, l'envie d'un peu plus d'humain dans notre société, et d'un peu moins de rentabilité.