cd
connexion perso

se souvenir de moi

Poitiers (86), réunion le 18-11-2016 : Ces jeunes en quête de confiance

publié le 23-11-2016

auteur : F H

Ils sont venus parler de leur lycée, de leurs projets. Ils sont venus parler de ce monde adulte qui n'est ni accueillant ni bienveillant.

Un sentiment est partagé par ces jeunes : les profs sont trop peu souvent motivés par une démarche bienveillante. Au lycée, les notes et le système semblent faits pour casser, plus que pour créer un environnement qui encourage. Pourquoi les profs répètent-ils à leurs élèves qu'ils n'auront aps leur diplôme ? Une tension naît souvent alors entre profs et élèves, comme s'il s'agissait de camps. Tout le monde généralise alors et aborde l'autre avec des a priori. D'ailleurs, l'ambiance peut souvent être détestable aussi entre élèves, avec ses clans, ses conflits, lesquels peuvent « pourrir » la vie d'élèves plus exposés ou isolés. Par manque de maturité, par bêtise et méchanceté, certains élèves tentent toujours rabaisser les autres. Et d'ailleurs, ces comportements ne sont pas rares chez certains jeunes adultes, qui par manque de confiance en eux-mêmes, tente de toujours rabaisser, humilier les autres...

Mais alors, pourquoi les adultes, les profs n'interviennent-ils pas ? Quelle est d'ailleurs l'aptitude réelle des profs à s'occuper des élèves ? Aiment-ils tous vraiment enseigner ? Ce devrait être un critère important de leur recrutement. De même, si des élèves ne comprennent pas quelque chose, ils devraient apprendre à se remettre en cause, plutôt que de leur asséner qu'ils sont nuls.

Au lieu de répéter à des élèves qu'ils sont nuls en maths, les profs devraient dire aux élèves qu'ils sont bons dans telles ou telles disciplines, sport y compris, selon Raphaël. Ainsi, pour Aïssatou, au lycée, on devrait pouvoir choisir les matières qui correspondent à nos projets, de manière à se concentrer sur les sujets qui nous passionnent. Il ne s'agit d'abandonner les autres sujets, mais de concentrer ses efforts sur quelques domaines, sur ce que l'élève aime, pour le motiver. Car la mission du lycée (et du collège) devait être de faire en sorte que les jeunes se trouvent, qu'ils s'épanouissent (Anthony), plus que de les orienter vers des cursus généraux parce que plus prestigieux les filières professionnelles (Aïssatou). Pourquoi le lycée professionnel n'a-t-il pas bonne réputation ? Aïssatou y a trouvé un projet qui la passionne, qui la motive, mais si tout n'est pas facile. Il est temps de dévaloriser les bacs pros, les études générales peuvent « perdre un élève plutôt que de l'aider à se trouver ».

Pour ces jeunes de 18-20 ans, le financement de leurs études est aussi une question cruciale. Lorsque les parents n'ont pas les moyens de financer toutes les études de leurs enfants, les bourses pour étudiant sont très insuffisantes pour financer un logement, de quoi se vêtir, se nourrir, et de quoi se déplacer. Étudier loin du foyer familial est quasi impossible... Car si l'école ou l'université est loin, comment fait-on pour se loger avec ces bourses ? Impossible, en fait. Plusieurs de leurs amis, faute de pouvoir se loger sur place, ont dû faire l'aller-retour chaque jour entre Niort et Poitiers, puis étant rapidement très fatigués, ont renoncé à leurs études. Et quant à passer son permis de conduire, malgré les aides, il est bien trop cher, donc inaccessible.

Bref, les études sont très chères, trop chères. Et commencer sa vie avec un crédit étudiant n'est pas enthousiasmant...surtout dans une société qui ne peut assurer un travail à tout le monde, et surtout pas aux jeunes.

Travailler en marge de ses études est donc la meilleure solution. Mais les horaires scolaires sont peu compatibles avec une activité professionnelle, indique Anthony, il serait bien par exemple de n'avoir cours que le matin pour travailler l'après-midi, « un peu comme en Allemagne ou aux États-Unis » selon Aïssatou. Travailler le soir est pénalisant pour la poursuite des études, au regard de la fatigue alors accumulée...et sachant que le week-end est plutôt fait pour se reposer (Raphaël et Anthony).

Et ce monde ne leur met-il pas des bâtons dans les roues ? Comme ce système administratif qui fait plus obstacle qu'il n'accompagne. Comme pour raphaël, Canadien, à qui personne n'a expliqué comment renouveler son titre de séjour : par Internet ? Au téléphone ? A un guichet ? Et à qui il est signifié qu'il pourra travailler pour financer ses études s'il a des papiers...puis que pour avoir des papiers, il doit justifier d'un contrat de travail.

Et pour décrocher un travail, étudiant ou pas, pourquoi demander aux jeunes d'avoir de l'expérience, alors que pour avoir de l'expérience, ils ont besoin d'un emploi ? Il faudrait que les employeurs accordent davantage leur confiance aux jeunes, leur donne leur chance. Ces jeunes n'ont guère confiance dans le monde du travail, sans doute parce que le monde du travail ne leur fait pas confiance. Et si en plus le monde du travail est lui-même très incertain ou trop peu dynamique... Ainsi, gravir les échelons d'une entreprise leur semble chose très difficile. L'expérience devrait y être autant reconnue que les diplômes. Mais les salariés expérimentés stagnent.

Ces jeunes sont traversés du même sentiment que le travail ne rapporte pas ou trop peu. La France serait le pays des aides... et d'aides qui n'incitent pas à travailler. Autant donc « travailler quelques mois et toucher ensuite des allocations chômage» selon Anthony. Certains vivent avec des aides qui leur suffisent. « Il y a trop d'aides ». Certes, « certains n'ont pas le choix », corrige Anthony, et « celles et ceux qui ne trouvent pas de travail perdent vite confiance et renoncent souvent même à essayer de trouver du travail ».

De leur point de vue, il faudrait donc surtout motiver les gens à travailler, ne pas maintenir des aides constantes et élevées trop longtemps. Le manque de confiance en sa réussite est une caractéristique de la France (Raphaël), il y a « trop peu d'encouragement à percer ». Il faudrait développer les initiatives pour les créations d'entreprises... La création d'entreprises devient un projet récurrent chez eux, pour être indépendants, voire pour échapper au joug des anciens, des « vieux ».

Ces jeunes ne recherchent pas une société égalitaire, même s'ils savent que lorsqu'on est issu d'un milieu défavorisé, il est quasi impossible de réussir, même s'ils disent que les dirigeants d'entreprise sont trop bien payés au regard de leurs vrais mérites. Mais à leurs yeux, mieux vaut aider à investir ou à créer son entreprise que taxer. D'ailleurs « l'impôt sert-il à quelque chose ? » Il y aura « toujours des inégalités ». Et a-t-on même le droit moral de taxer les héritages ? Le lègue est compris comme une question personnelle qui ne regarde que les parents. Il n'y a « pas le droit [moral] de taxer l'héritage ». Est-ce une vision individualiste du monde qui ne leur tend pas les bras, et dans lequel il va falloir se débrouiller ? Est-ce une façon de sécuriser leur avenir si incertain, alors que non seulement aucune promesse ne leur est faite, mais qu'il sont le sentiment qu'on les décourage de tout ?

La part que prend l'argent dans tous les aspects de leur vie, présente et future, les choque et les inquiète. « Il faut de l'argent pour tout » dit Aïssatou, l'argent devient à la fois « un sujet de motivation mais aussi de grande frustration ».

In fine, ces jeunes ne sont-ils pas juste en quête du passeport de confiance pour entrer dans leur avenir ?