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Urgence : l'école

publié le 03-11-2016

auteur : P

L'école : une urgence , face à la banalité de l'incivilité et l'ordinaire de la violence en milieu scolaire par des élèves ordinaires.

"L'école désarmée face à la violence: tout a été tenté, presque tout a échoué".Si les mesures de sécurité sont nécessaires, elles ne suffisent pas.Comment l'Education Nationale peut-elle répondre à un problème qui la dépasse ( ou plus exactement qui semble la dépasser)? pouvait-on lire dans l'EXPRESS du 16 février 2010. Ce diagnostic est toujours d'actualité car,même si la violence scolaire a toujours existé, elle s'est accentuée depuis le milieu des années 90.

"Ne pas railler, ne pas déplorer, ne pas maudire, mais comprendre." Baruch Spinoza

Prologue :

La fureur, la violence, la ('haine?) d'élèves abandonnés, démunis , en détresse : une ultime réaction vitale? ou et

la fureur, la violence ,la (haine?) comme expression manifeste et seconde d'une haine de soi première et fondatrice, d'élèves qui ne se percoivent et ne se vivent qu'en négatif et pour lesquels le monde des possibles, d'un possible autre et autrement semble avoir disparu?

-"L'acte , donc, est le fait pour une chose d'exister en réalité et non de la façon dont nous disons qu'elle existe en puissance...l'autre façon d'exister est l'existence en acte.( existence en acte : existence excluant le plus possible la virtualité et en même temps la capacité de différer) Aristote La Métaphysique, ed Vrin p: 499

-" Autrui-a priori comme structure absolue fonde la relativité des autruis ...mais quelle est cette structure? celle du possible.Un visage effrayé, c'est l'expression d'un monde possible effrayant ou de quelque chose d'effrayant dans le monde que je ne vois pas encore....Mais c'est parce que la structure Autrui manque, remplacée par une toute autre structure, que les" autres" réels ne peuvent plus jouer que le rôle de corps-victimes ( ...) dans un monde sans autrui, donc un monde sans possible.Autrui, c'est ce qui possibilise; toute perversion est un autruicide, un altrucide, donc un meurtre des possibles.". Deleuze Postface de Vendredi ou les limbes du pacifique de Tournier

Comment restaurer cette structure manquante ou qui s'est effacée, a disparu à l'issue d'une histoire?

-"Dire que la violence procède souvent de la fureur est un lieu commun, et certes la fureur peut avoir un caractère irrationnel et pathologique , mais il en va de même de toute émotion humaine...La fureur n'est en aucune façon une réaction automatique en face de la misère et de la souffrance en tant que telles;personne ne se met en fureur devant une maladie incurable ou un tremblement de terre, ou en face de conditions sociales qu'il parait impossible de modifier.C'est seulement au cas où l'on a de bonnes raisons de croire que ces conditions pourraient être changées, et qu'elles ne le sont pas,que la fureur éclate.(...) On peut se trouver , dans le vie publique comme dans la vie privée, en face de situations où la rapidité même d'un acte violent peut constituer la seule réponse appropriée.Ce n'est pas la décharge affective qui importe en ce cas...L'important est qu'en certaines ciconstances, la violence- l'acte acompli sans raisonner, sans parler, et sans réfléchir aux conséquences- devient l'unique façon de rééquilibrer les plateaux de la justice." H. Arendt .Du mensonge à la violence Pocket p.162/163

nota bene : à lire également dans le même numéro de l' EXPRESS , l'article :"un jour ( presque ) tranquille à Clichy- sous- bois" - dix ans après les émeutes qui ont enflammé cette banlieue; comment vit-on dans la ville la plus pauvre de France? vingt quatre heures de l'existence d'une cité, entre misère et galères, trafics et débrouille, immeubles et habitants à l'abandon.-

Dissipons tout d'abord le malentendu et rendons à l'école sa fonction première dans le cadre de l'Education Nationale et non de l'enseignement national.

" Tout a été tenté, presque que tout a échoué"

Qu'en est - il de ce " tout" ? que recouvre ce terme générique aux contours vagues et indécis et qui apparait comme un fourre tout composé de mesures de bric et de broc, du bricolage ou un patchwork aux couleurs criardes mais de la plus remarquable inefficacité quand on ignore d'où vient" le mal "et qu'on ne vise qu'à rassurer l'opinion publique.Quelle peut être l'efficience de la mise en place de mesures de sécurité intra et ex muros ( caméras de vidéos surveillance , système de gardiennage) si on ne prend pas en compte le fait que ce phénomène de violence scolaire n'est que la réplique ( au sens sismique) d'une autre violence sociale, économique , qui prend, puis, ne prend plus, jette, en procèdant par licenciements par exemple. Alors , que le problème auquel est confronté l'Education nationale la dépasse : oui, dans la mesure où il est lié, pour faire vite, à la ghettoï

sation et à une situation de précarité et de précarisation de plus en plus grande d'une frange de la population dont le nombre ne cesse de s'accroitre .( cf l' ouvrage de F. Aubenas : le quai de Ouistreham ).Faut-il ajouter que, cette double violence, celle qui produit et celle qui y répond se manifeste dans une société, la nôtre, dans laquelle la seule raison d'exister et d'accéder à la reconnaissance de ses pairs est de posséder, d'acheter, d'avoir, c'est à dire de consommer, ou , d'avoir pour " être".

Dans ce contexte, l'Education Nationale, avec les mesures sécuritaires prises ou demandées ( tout tenter -ou plutôt tout tenter pour pacifier, colmater, aplanir, éviter débordements et dérapages verbaux et physiques -), remplit -elle sa fonction première " d'éducation".? Etant entendu qu'éducation signifierait à la fois acquisition de savoirs et de savoirs faire permettant d'accéder à un métier ET accession à l'autonomie et à l'indépendance de la pensée, permettant aux élèves, par delà et au-delà du métier, de devenir des citoyens à part entière pourvus d'esprit critique? Il semblerait que là , le bas blesse.

Que pourrait signifier "tenter" oser?

Peut-être faudrait -il mettre en place des préalables pédagogiques, qui redéfiniraient le champ de l'éducation et lui assigneraient d'autres fondamentaux? Etant admis que la pédagogie se définirait comme science de l'éducation des enfants et qu'un pédagogue serait , proprement, celui qui " conduit les enfants" ou encore celui que Heidegger nommait un "enseigneur"..Enfin, pour être exhaustif, le terme d'éducation recouvrirait l'ensemble des moyens à l'aide desquels on dirige le développement,la formation d'un être humain. "On ne nait pas homme, on le devient" (Sartre); l'éducation serait ainsi l'élément nécessaire et déterminant de l'humanisation de l'homme

* Tout a-t-il été tenté dans ce que l'on dit communément être à la base de l'école ( si tant est que celà soit juste et légitime ), à savoir l'acquisition de savoirs et de savoirs faire.? Si "tout" a été tenté le résultat est affligeant et inversement proportionnel au "tout" :

- Que s'est-il passé au primaire avec tous ces enfants qui entrent en 6è sans savoir ni lire, ni écrire, stricto sensu et pour lesquels les outils grammaticaux, la conjugaison et la structure des phrases pose problème, sans oublier la méconnaissance de la ponctuation?

-Qu'en est-il de ces classes de collège, dans lesquelles près d'un quart des élèves relèveraient d'une orthophoniste?

-Qu'est ce qui n'a pas été fait ou repéré?

-Que sont ces SEGPA, véritables voies de garage ou plutôt culs de sac, dans lesquelles les élèves sont parfaitement conscients qu'ils sont "autres", à part, exclus (notamment du livre d'anglais) et qui savent pertinemment ce qui les attend : à savoir" rien" et qui donc anticipent le" néant" à venir par le biais de la petie délinquance, du racket......

- Enfin, au dire des derniers rapports ministériels, que penser de ces élèves de fin de 3è, chez lesquels 15°/° n'ont rien acquis et 30°/° sont en difficulté?

* Face à cet état des lieux, c'est QUOI un prof ? : un distributeur de "connaissances", réglé par un programme? Il semblerait que, et le distributeur et le produit à distribuer et ingérer soient à reconsidérer, si l'on admet que l'ignorance et l'exclusion sont le terreau de la violence, de la haine, voire du fanatisme revanchard ( il faut bien se faire reconnaitre quelque part et par un quelconque moyen, le plus inadapté,voire le plus destructeur soit-il.)

Un éducateur, tel que le concevait Montaigne, ou encore un "enseigneur" : quelqu'un dont la fonction serait d'apprendre à apprendre ( c'est à dire comment apprendre, c'est à dire comprendre pourquoi apprendre.)

Un éducateur qui pourrait se "mettre en accord" avec son apprenti et donc régler son instrument, s'accorder pour pouvoir produire, créer.

Cependant, il ne peut y avoir accord, accordement, que si un dialogue , au sens socratique, s'est instauré, permettant l'échange; en sachant que cet échange lui même ne peut exiter que s'il est de personne à personne, s'il est entendu que l'autre est une personne ( au sens moral) non réductible à un statut d'élève ( qui serait objectivement quantifiable, qualifiable à travers des notes, qui ne font jamais que définir une "normalité" à l'intérieur d'un système. ).

Or l'autre n'est pas interchangeable, il n'est pas une pièce d'un rouage. Comment peut-on dire les élèves , utiliser le pluriel , alors qu'il n'existe qu'une infinité de singuliers.

Plus fondamentalement, pour pouvoir dialoguer, il faut que les registres de langue soient entendus et compris L'une des difficultés majeures actuellement est celle du langage, de la maitrise de la langue et de ses différents registres ainsi que l'intégration ( ou la non intégration) de répères, de limites qui fassent sens et permettent de subsituer le désir ( d'apprendre, de connaitre, de comprendre ) à la haine anomique que l'on rencontre parfois

( " j'ai la haine", mais haine de quoi? envers qui? )

Il semblerait qu'en cas d'impasse,d'incompréhension, la solution passe par l'investissement par l'école d'espaces autres que la classe,par une ouverture sur la société,

la place publique, en prise directe avec la sphère de leur quotidien, de leur vécu et par la mise en place d'une évaluation formative ( et ce, face à des élèves qui se vivent généralement

en négatif.)

Bref, il n'est pas d'autre solution que de faire avec plutôt que d'avoir recours à des "chiens de garde" ( ou tout du moins qui sont vécus comme tels ) qui, au mieux, ne font que déplacer et ralentir ce qui est devenu problématique.