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Orthez (64), réunion le 29-10-2016 : le travail est-il encore humain?

publié le 02-11-2016

auteur : F H

Orthez, nous étions 10 à débattre de tout et de rien, mais surtout de ce qui a changé.

Tout ce qui y a été dit ne peut être rapporté ici. Mais plusieurs points ont clairement signifié ce que l'être humain peut accomplir et endurer.

Abel a été gendarme. A l'ancienne. À cette époque où chaque gendarme connaissait chaque personne de son périmètre. Chaque gendarme savait ce qui se passait, consignait tout, chaque gendarme était une mine de renseignement: tout était écrit, précisément, consigné, prêt à l'usage, même des années plus tard. Pour Abel, le gendarme était une autorité de proximité, à qui les citoyens faisaient confiance, à qui l'on pouvait faire appel à tout moment, parce qu'il était sur le terrain.

A son retour de Guyane, où il a exercé le métier de gendarme plusieurs années, il trouve une gendarmerie qui a été fondamentalement transformée.

Le recrutement de gendarmes est devenue une source de dysfonctionnement : plus diplômés, trop "philosophes", moins proches du terrain... ils ne sont plus à l'écoute, ils ne font plus de enseignement. Plus procéduriers, ils regardent surtout "les heures" plutôt que de se donner pour priorité la finalisation de leur travail.

Le contact avec la population n'existe plus, les gendarmerie ont été concentrées, beaucoup ont donc été fermées. Les gendarmes ne connaissent plus les élus, les responsables, il s ne connaissent plus le terrain. L'accès à la sécurité se fait dorénavant par centrale téléphonique... "mais comment réagir en cas d'urgence? Les gens savent qu'ils ne peuvent plus compter sur les gendarmes." Pour faire appel aux gendarmes, il faut dorénavant appeler une centrale souvent loin des lieux de l'urgence... Or les gendarmes ne sont plus dans le paysage.?.. alors, le temps d'arriver...

Et pourtant, lorsqu'il était en Guyane, avec bien de moyens Abel a le sentiment d'y avoir accompli de grandes missions, par petit groupe de deux ou trois, pour aller par exemple démanteler des camps de clandestins ou arrêter des assassins. Le même esprit présidait à leurs démarches, connaître le terrain, ici la forêt tropicale. Ces années exceptionnelles montrent qu'il faut donner du temps aux gendarmes pour exercer leur métier, pour écouter les gens, pour se donner les moyens d'un maillage fin du territoire afin que rien ne leur échappe... Tout le contraire de la bureaucratie et de la rationalisation des moyens.

Aux exigences budgétaires, l'administration cherche souvent dans les procédures une parade. Procédure d'appel aux gendarmes qui théoriquement fonctionne, mais en pratique éloigne le gendarme des gens. Procédure médicale qui organise sur le papier les soins selon des protocoles qui perdent en souplesse et oublient l'humain. Le cas d'Albert qui, souffrant, n'est pas admis aux urgences d'Orthez, au motif qu'ils n'ont plus de service de réanimation, et qui sera admis à Pau, après q'une voiture sera venu le chercher de Pau. Procédures et normes dans le bâtiment qui interdisent à l'artisan de se saisir de marché, pourtant dans ses compétences, faute d'avoir les moyens de faire appel à un bureau d'études pour ne pas se perdre dans la jungkle des procédures.

Ces protocoles fonctionnement correctement en moyenne, mais tendent-ils à isoler une partie de la population démunie contre cet enchevêtrement de règles? Ou, comme albert le dit, "pour vivre heureux, faut-il vivre cachés"? Faut-il endurer en silence?

La désarticulation du travail est classiquement dénoncée dans les entreprises de services, notamment dans les grandes surfaces. Tout le monde doit tout faire... souvent seul, parce que seul.

Thérèse travaille depuis 25 ans dans une grande surface. Au rayon crèmerie, elle devait certes vendre du fromage, mais surtout tout faire toute seule... découper du fromage sur un plan de travail trop haut et trop étroit pour ne pas soumettre le dos à tensions, endurer les caprices de clients qui vont se plaindre à la direction qui s'en prend alors à vous, mais aussi assurer les fonctions de manutention, comme décharger des meules de fromage de plus de 40-50 kilos, sans jamais tarder, sans traîner ...

Jusquà ce que un jour Thérèse ne puisse plus faire un mouvement et soit arrêtée plusieurs mois. Plutôt le licenciement que d'y retourner, non par mauvaise volonté, mais parce que c'était devenu impossible, au moins physiquement.

Reconvertie à la caisse, elle souffre maintenant d'une tendinite...

Mais Thérèse entre dans sa semi-retraite...

"Tout faire toute seule" est l'écho solitaire de la "polyvalence" imposée à tous les agents des grandes surfaces, notamment. Y est-on bien préparé et dispose-t-on de l'environnement, de l'accompagnement pour cela?